L’irrigation au secours des aoc

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On ne peut pas résumer 2000 ans d’histoire vinicole en quelques lignes.

La France possède une telle diversité de terroirs et de vins, qu’il serait dommage, au nom de la compétitivité mondiale, de restreindre notre offre. Notre diversité est en danger. Devant le goût du consommateur qui se standardise à travers le monde, ce sont aussi nos terroirs, au sens agro-pédoclimatique, qui se banalisent.

Que sont devenus les usages locaux, loyaux et constants de nos AOC ?

Les méthodes de vinifications ne sont plus celles qui existaient lorsque sont nées la plupart de nos appellations.

Du Chili au Languedoc, les outils utilisés dans les chais sont souvent identiques. Les goûts des consommateurs ont contraint nos AOC à modifier leurs critères organoleptiques.

Où se trouve l’authenticité des vins AOC ?

Nos terroirs ne sont plus les mêmes. Le climat se modifie, les précipitations et les températures n’ont plus rien à voir avec celles qui existaient il y a 50 ans.

Afin de conserver la typicité de nos vins, une réflexion sur la gestion de la contrainte hydrique devient incontournable. Pour piloter l’irrigation, la France est prête ! Les outils de contrôle existent, les solutions de micro-irrigation sont de plus en plus économes en eau et nos agronomes sont mondialement connus.

L’irrigation est un excellent outil pour optimiser les millésimes. Elle permet aussi au terroir de se révéler lors d’épisodes climatiques atypiques. Oui l’irrigation peut aider les AOC à affronter des conditions de marché de plus en plus sévères et difficiles.

Certains prétendent qu’une irrigation au goutte à goutte de la vigne entraînerait une modification de l’enracinement du cep. C’est partiellement vrai pour les vignobles qui sont irrigués depuis leur plantation et qui sont localisés sur des sols où la réserve hydrique est incompatible avec des rendements économiquements viables. Mais ce n’est pas possible lorsque l’on sait qu’il y a deux pics de croissance du système racinaire de la vigne.

Le premier pic de croissance se situe autour de la floraison. A cette période, on stoppe les irrigations ou, dans la majorité des situations, les irrigations n’ont même pas débuté. Quant au deuxième pic, il se situe après les vendanges et à cette époque il n’est pas autorisé d’irriguer selon le décret de l’INAO actuellement en vigueur. Pour ’’enterrer’’ définitivement cette idée reçue, la saison d’irrigation en France s’étale en moyenne entre 20 et 30 jours. Le reste du temps, la vigne continue à puiser dans les réserves du sol.

Qui peut prétendre que 30 jours suffisent à modifier de manière irréversible l’enracinement d’une vigne adulte? Ce serait mal connaître la dynamique hydrique des sols. C’est justement pour utiliser au maximum ce pouvoir de capillarité du sol que les fabricants de goutte à goutte ont mis au point des goutteurs bas débits, délivrant 0,6l/h à 1.6l/h.

Il est loin le temps des goutteurs de 4 et 8 l/h espacés tous les 2 mètres!  En effet, ces débits élevés gaspillaient l’eau tout en saturant un très petit volume de sol.

Enfin, à la différence de certains pays du nouveau monde, où sans apport d’eau il n’y a pas de vigne, l’irrigation du vignoble en France est un complément. Certaines années, le viticulteur ne déclenchera pas l’irrigation. Par contre, pour certains millésimes, elle sera le seul moyen pour lui d’assurer la survie de son  vignoble, la survie financière de son exploitation, et de révéler la typicité de son terroir et d’éviter des blocages de maturité.

Pourquoi alors se priver d’un outil de conduite de la vigne qui fonctionne avec l’élément le plus sain, et qui est à la base de toute vie animale et végétale, l’eau !

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