Système d’irrigation goutte à goutte enterré sous gazon à partir d’eaux usées – Un exemple de réussite

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Conscientes que les ressources en eau sont rares et précieuses, certaines personnes conduisent des projets ambitieux et remarquables ! C’est bien le cas de cet exemple réussit de réutilisation d’eaux usées sur un camping que nous proposons de décrire dans cet article. Ainsi monsieur MIRABELLE, patron d’un magnifique camping à Sampzon en Ardèche, dans un souci d’éthique et de développement durable, a décidé il y a déjà plusieurs années d’utiliser les eaux usées (sanitaires, piscine…) pour irriguer les nombreux espaces verts qui embellissent les pourtours des mobil-homes disponibles pour les touristes en mal de nature.

 

Pourquoi le choix du goutte à goutte enterré ?

Mais quelle a été la motivation de Monsieur MIRABELLE de mettre en œuvre un système de micro-irrigation goutte à goutte en dispositif enterré?  Réduire les consommations globales en eau sur son camping bien sûr, mais également de réduire les rejets des eaux usées et l’impact sur l’environnement, sans occasionner de gênes pour les campeurs en ayant recours à un système le plus discret possible, et rendre l’entretien facile compte tenu de la symbiose existante entre les parcs et jardins et les mobil-homes installés ! Mais également maximaliser la qualité de ces espaces verts, ce qui a pour effet de favoriser la satisfaction de la clientèle. Car via un système goutte à goutte enterré, l’eau est acheminée près du système racinaire des plantes et les pertes par évaporation et percolation sont très faibles. La répartition hydrique  est homogène et optimale, la bonne santé et la beauté des espaces verts est ainsi optimisée.

 

Quel type d’émetteur d’eau utiliser dans une application en enterré ?

Il faut tout d’abord rappeler que dans une application enterrée les contraintes sur les émetteurs d’eau sont très importantes.

En premier lieu il est nécessaire d’utiliser des goutteurs de type autorégulant à large labyrinthe et à compensation de pression, capables de délivrer exactement la même quantité d’eau du premier au dernier goutteur de la ligne sans risque de colmatages. Le bulbe d’irrigation formé sous chaque goutteur doit profiter aux racines et permettre aux plantes de connaître un développement optimal. Il est parfois nécessaire de faire varier la distance entre ligne selon la nature du sol : sur un sol léger on rapprochera les lignes alors que sur un sol lourd on cherchera à les éloigner.

Dans ce cas précis on utilise une eau recyclée qui présente plus de risque au niveau du colmatage des goutteurs. Aussi on cherchera à utiliser des goutteurs munis de larges surfaces de filtration, et ce afin de limiter au maximum la pénétration de particules dans les labyrinthes.

On privilégiera également des goutteurs munis de la caractéristique anti-siphon : les goutteurs doivent pouvoir se fermer lorsqu’entre deux irrigations, et du fait de la pente, l’eau en s’évacuant des conduites crée le vide derrière elle et entraine la succion de particules extérieures aux goutteurs. A ne surtout pas confondre avec l’anti-vidange dont la propriété est de retenir l’eau dans les conduites entre deux irrigations : de toute façon à éviter ici du fait de la présence d’une eau recyclée !

Enfin on veillera à ne surtout pas créer de stress hydrique sous peine de risquer d’avoir des entrées racinaires susceptibles de boucher les goutteurs. Là encore la technologie des goutteurs sera primordiale : ils devront être munis de propriété anti-racine, c’est-à-dire qu’ils devront comporter un labyrinthe séparé de la sortie par une chambre pour faire barrière aux entrées racinaires.

Dans le cas précis, c’est le goutteur UNITECHLINE AS 1,6 l/h espacement 0,3m NETAFIM qui a été sélectionné car il est le seul produit du marché à réunir toutes ces conditions. L’UNITECHLINE AS est une solution hautes performances spécialement conçue pour des applications enterrées, sur de grandes distances et en terrains accidentés, pour des   installations pérennes. Il permet d’éviter les projections d’eau sur les feuillages, source de maladies et de limiter l’érosion des sols en maîtrisant les apports d’eau et de fertilisants. Positionné entre 10 et 20 cm de profondeur, l’UNITECHLINE™AS reste à l’abri du vandalisme.

 

Traiter l’eau avant utilisation dans les goutteurs

 L’eau récupérée sur le camping a du évidemment être traitée avant réutilisation sur l’irrigation des espaces verts. Un traitement via une micro-station d’épuration a été mis en place, et une filtration à disque à 130 microns de finesse placée en sortie de cette station. Ce processus permet de garantir que l’eau utilisée soit compatible avec l’usage sur goutte à goutte enterré, c’est-à-dire avec un minimum de matières en suspensions (cible moyenne < 20 mg/l) ainsi qu’un minimum de concentration en matières biologiques (la Demande Biologique en Oxygène doit être considérablement réduite).

 

La question de l’efficacité de la mise en œuvre

 Comment installer un système d’irrigation enterré sous un camping de façon efficace et discrète ?

La solution a été mise en œuvre par le distributeur BELLE ENVIRONNEMENT située à Montélimar.

Comme on peut le voir sur les photos les lignes goutte à goutte ont été posées au sol en respectant ces règles de l’art :

  • des secteurs homogènes et dimensionnés pour irriguer avec efficacité, de façon à respecter les limites physiques liées au pompage (Pression et débit).
  • une couverture de la zone à irriguer totale et complète.
  • un peigne d’alimentation et un contre-peigne destiné à réaliser la purge régulière des secteurs pendant l’irrigation, et ce afin d’éliminer les accumulations de particules néfastes à long terme pour le réseau.
  • des vannes à air destinées à éviter les dangers liés à la présence ou l’absence d’air dans le réseau.
  • des vannes électriques destinées à faciliter l’irrigation séquentielle et la mise en marche des secteurs selon la programmation prévue à l’avance.

Une fois le réseau monté et testé en pression pour vérifier l’absence de fuites, 10 à 15 cm de terre a été rapportée sur toute la surface au-dessus du réseau de goutte à goutte. Les semis ont ensuite été réalisés au moment le plus opportun. L’efficacité de l’irrigation goutte à goutte aura fait le reste.

 

Le pilotage de l’irrigation

La micro-irrigation va de pair avec une gestion technique des apports en eau. Il est conseillé de maitriser les éléments suivants :

Les caractéristiques hydrauliques de son sol : connaître approximativement la réserve facilement utilisable notamment.

Les besoins en eau de la culture : compenser l’évapotranspiration réelle (ETr) grâce à une évapotranspiration de référence imposée par la demande climatique (ET0), un coefficient cultural prenant en compte le stade de développement de l’arbre (Kc), et éventuellement un facteur lié au système d’irrigation et les pertes par évaporation (r).

r étant égal à 1 pour l’aspersion, 0.8 pour le goutte à goutte.

A titre indicatif, des valeurs de Kc pour un gazon sont disponibles dans la littérature.

NETAFIM recommande l’utilisation de sondes tensiométriques ou capacitives afin de surveiller l’état hydrique du sol, en particulier avec le goutte à goutte enterré.

Commet traduire cet ETr en durée d’irrigation à régler sur le programmateur ?

La durée d’irrigation est le rapport entre cet ETr et la pluviométrie obtenue à partir du système d’irrigation. Celle-ci se calcule par le ratio entre le débit du goutteur et le rapport entre la distance entre ligne par la distance entre goutteurs.

Pluviométrie du système goutte à goutte = Q goutteur (L/h) / (L x E)

L : distance entre lignes (m)    E : distance entre goutteurs (m)

 Durée d’irrigation  (H/jour) = ETr (mm/jour)   /    Pluviométrie (mm/H)

 On aura veillé à gérer de façon séquentielle cette durée d’irrigation en réalisant des tours d’eau via une programmation efficace. Les bulbes humides crées par les goutteurs pourront alors se développer en utilisant au maximum la capillarité du sol, et ce afin de maintenir humide un maximum de volume racinaire.

 

La maintenance d’un tel système

 La maintenance du système de traitement d’eau et de la filtration se doivent d’être évidemment excellente. Mais également au niveau du système goutte à goutte ! A l’aide d’une pompe doseuse hydraulique, il sera injecté plusieurs fois par an, en début et en fin de saison d’irrigation,  un traitement acide Nitrique destiné à traiter les dépôts (minéraux) et un autre à base d’ eau oxygénée (Peroxyde d’hydrogène). Les concentrations sont évidemment très faibles et destinées à prévenir tout dépôt susceptible de durcir pendant la saison morte.

 

Le rendu final

Aujourd’hui une grande majorité de son camping utilise des eaux recyclées soit près de 3000 m² de surfaces irriguées avec le goutte à goutte enterré.

Ainsi à la question posée à Mr MIRABELLE sur le ‘’Satisfait d’avoir adopté le goutte à goutte enterré ?’’, celui-ci souligne ces divers points cruciaux :

  •  la parfaite réutilisation des eaux de drainage = impossible à réaliser via aspersion car il y a un risque de diffusion dans l’air d’agents pathogènes.
  • la très bonne flexibilité pendant la saison touristique de forte affluence= pas de gêne pour les campeurs car le système est sous-terrain et totalement invisible et inaccessible.
  • la facilité d’utilisation et d’exploitation du système qui se révèle facile d’entretien car il n’y a aucun vandalisme !
  • la très grande efficacité de l’irrigation = elle est si élevée si bien que la tonte doit être réalisée de façon extrêmement fréquente en pleine saison !!!

 

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